Des news en trois épisodes : part two : Zadosicien (1)

Publié le par nathasarah

Et pendant ce temps là, le tout en simultané…

Après bien des semaines de mal être qui se manifestait de différentes manières, Zadosicien nous a fait une très belle frayeur, submergé par de telles souffrances qu’il n’avait pas trouvé d’autres moyens pour tenter de les exorciser que de se faire des entailles dans la peau… oui, voilà le sujet que je voulais éviter, mais son grand cœur étant toujours le plus fort, Zadosicien m’a donné la permission d’en parler ici, ne serait ce qu’au cas où cela pourrait servir à d’autres familles, les aider à traverser des épreuves que je ne peux que qualifier d’atroces car il n’y a rien de plus pénible à mon sens que de voir souffrir son enfant sans rien pouvoir faire, car dans ces cas là, tout du moins ce que je vais tenter d’expliquer le plus clairement possible, nous étions et sommes toujours impuissants… rassurez vous tout de suite, Zadosicien commence à aller mieux (pour une fois, merci à la pharmacopée moderne).

Pour celles et ceux qui sont des habitués de ces lieux, vous savez combien Zadosicien a souffert ces dernières années, le monde ne lui correspondant vraiment pas, la société dans laquelle nous évoluons encore moins ! Après sa fugue, bien que je n’en aie pas parlé, surement trop engluée dans tout ce qu’il fallait gérer à ce moment là, Zadosicien a traversé différentes périodes de ce que nous pensions être une dépression d’adolescent. Courageusement, il a fait face, a fait tous les efforts dont il était capable, a participé activement à des séances de sophrologie qui l’ont aidé quelques temps, autant que celles-ci le pouvaient. Les grandes vacances apportant leur lot de soulagement (le stress du collège ayant disparu), Zadosicien avait vécu différentes expériences (bienfaitrices celles là) qui nous avaient fait espérer que nous approchions de la sortie de cette période sombre de son adolescence…

Seulement voilà, la rentrée a eu lieu, le retour du stress et des angoisses ne s’est pas fait attendre et les scarifications (il faut tout de même mettre les vrais mots sur les maux que j’évoque même si ces scarifications n’étaient pas la source du « mal ») ont refait leurs apparitions, cela malgré le suivi psychologique hebdomadaire auquel Zadosicien participait. La gorge nouée, les entrailles serrées, je reprenais mes tours de garde, surveillant ses bras à plusieurs reprises au cours des nuits, les unes après les autres, enfin presque, la fatigue m’empêchant parfois d’être aussi vigilante que je l’aurai voulu…

Si le premier « épisode » avait été somme toute « léger » comparativement à ce que j’avais déjà pu voir, le second me terrassa littéralement : réveillée au milieu de la nuit avec la sensation d’étouffer, je me suis ruée dans la chambre de Zadosicien pour le découvrir endormi, les avant-bras profondément entaillés, au point que le sang avait coulé le long de ses poignets, jusque sur le sol. Je ne sais pas comment j’ai réussi à retenir les cris que j’avais dans la gorge… probablement parce que Zamour, fraîchement rentré de l’hôpital, dormait et plus certainement aussi parce que Zadosicien dormait enfin apaisé, les souffrances physiques ayant plus ou moins occulté les souffrances psychiques…

Je ne peux pas expliquer ce qu’en tant que parents on peut ressentir dans ces situations : peur, angoisses, impuissance, que sais je encore… si ce n’est cette envie folle, irréalisable, de faire régresser son enfant à l’état de fœtus pour le remettre à l’abri à l’intérieur de soi pour le protéger contre tout ce qui peut l’atteindre, faire un rempart de son propre corps pour le préserver… sauf qu’un grand gaillard de presqu’un mètre quatre vingt ne peut pas revenir en arrière, ne le veut pas non plus d’ailleurs…

La nuit s’est terminée entre périodes de veille, allongée contre le corps endormi de Zadosicien, les interrogations (aurai-je enfin le courage de l’emmener à l’hôpital ainsi que me l’avait conseillé le médecin l’an passé ?-pas si facile que ça en réalité !), et les pas, allongés les uns après les autres, rythmés par les tasses de café et les cigarettes pour tenir le coup, la peur de s’endormir et la culpabilité de s’être endormie et de ne pas avoir su à l’avance ce qui allait se passer….

Au petit matin, Zadosicien m’ayant assuré qu’il allait « bien », honte à moi, je suis partie travailler, la majeure partie de mes neurones et de mon cœur accrochés à ce fils que je voulais tant protéger, que je laissais sous la surveillance de son père. Croulant sous la culpabilité du sentiment d’abandon que je commettais qui ne me quittait pas, je profitais d’un instant pris sur mon temps de travail pour contacter le psychologue qui suivait Zadosicien depuis plusieurs mois, recevant la confirmation de ce que j’avais voulu faire dès le milieu de la nuit, sans pour autant en avoir encore le courage. Rongeant mon frein, j’ai attendu en trépignant, faisant bien sûr bêtise sur bêtise, l’heure à laquelle je savais trouver Zadosicien à la maison, enfin de retour de cours, dans quel état, je ne m’en doutais que trop… sans plus de préambule, j’annonçais à mon fils, apparemment soulagé par ma décision au ton de sa voix, que je rentrai sans plus tarder et que je l’emmenai à l’hôpital le plus proche de chez nous avant de raccrocher et de tomber en larmes devant mes collègues médusés qui ne comprenaient rien à ce qui se passait (je dirai que c’était le dernier de mes soucis).

Tremblante, faisant tous les efforts possibles et imaginables que vous pouvez imaginer, je rentrai à la maison, en roulant « raisonnablement », récupérai Zadosicien qui m’attendait devant le portail, faisant preuve d’une volonté certaine de vouloir mettre un terme à cet engrenage qu’il ne contrôlait plus, malgré sa volonté, ses efforts.

Il fallut alors attendre plusieurs heures dans les couloirs avant de voir une pédiatre qui se contenta de faire nettoyer les blessures que Zadosicien s’était infligé et qui restaient sanguinolentes malgré les heures passées depuis le milieu de la nuit (cela peut vous donner une idée de la taille et de la profondeur de celles-ci). Bien sur, mon fils eut droit à un interrogatoire en règle afin qu’elle s’assure qu’il n’était pas en danger à la maison (je ne critique pas cette démarche, trop d’enfants souffrent de sévices dans leur propre famille) et le point final, oh combien positif, elle réussit à joindre une pédo-psychiatre avec laquelle nous avions rendez-vous seulement une dizaine de jours plus tard, chose absolument impossible à obtenir lorsqu’on cherche soi-même, je le sais, nous avions essayé l’année précédente.

Donc dix jours de plus à patienter, à prendre sur soi, à ne pas dormir une nuit entière pour veiller, se réveiller toutes les deux heures avec une boule au ventre, se lever et se rendre auprès de Zadosicien endormi, le cœur battant la chamade, prête à s’évanouir de peur viscérale…

La première consultation avec la pédopsychiatre que j’appellerai par son prénom, Magdaléna, pour plus de commodité se passa le mieux du monde, elle sachant écouter Zadosicien, lui, décidé à ne plus lutter contre ce qui pouvait être fait pour lui (non par défi mais plutôt pour ne pas nous « ennuyer »), acceptant enfin l’aide qui pouvait lui être apportée. Il fut décidé d’un commun accord, Zadosicien approuvant aussi pour la première fois de prendre des médicaments aptes à lui apporter un soulagement tant espéré, de mettre en place un traitement anti-dépresseur.

Je sais que quelques uns d’entre vous feront la grimace à la pensée d’un adolescent ingurgitant des anxyolitiques et des antidépresseurs, mais je vous garantis qu’après avoir vu la souffrance de mon fils, je ne m’y suis pas opposée un instant ! je ne suis pas non plus pour la médication à outrance des enfants, adolescents ou adultes mais il faut savoir parfois faire fi de ses convictions, surtout lorsque la vie de son enfant est en jeu, je vous assure que les dernières scarifications auraient convaincu le plus sceptique d’entre vous, leur profondeur allant en s’accroissant à chaque « crise »…

Bref, nous voilà repartis avec un traitement de deux semaines en attendant un prochain rendez pour la quinzaine suivante.

Contrairement à ce que je craignais, Zadosicien se plia sans rechigner à ce qui lui a été imposé, soulignant lui-même que « cette fois ci, je n’ai plus le choix, je veux arrêter tout ça », un grand progrès à nos yeux. Il ne nous restait plus qu’à attendre un peu pour constater un mieux être et se réjouir enfin de voir les sourires revenir sur le visage de notre fils au fil des jours… tout du moins était-ce ce que nous pensions….

 

 uitde

Publié dans Vie de tous les jours

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Leïla (Néolanie) 07/04/2011 09:58


Je ne sais pas si Zadosicien se souvient de moi, la dernière fois que je l'ai vu c'était encore un petit blondinet d'une dizaine d'années, mais je tiens quand même à lui faire part de mon soutien.
Si comme toi et moi il arrive à se soulager par l'écriture, qu'il le fasse. Si c'est par la musique, qu'il le fasse aussi. Et si un jour il (ou même vous tous) a(vez) besoin d'un "guide" sur Lyon
pour lui faire découvrir des endroits sympas, je me ferais un plaisir de l'accompagner =)
Courage à toute la famille, mes pensées vous accompagnent.


Ko'chka (Diane) 06/04/2011 20:27


Je t'écris en mp sur FB.
Je suis moi-même passée par là, alors si je peux vous soutenir...
Bisous


Morrigan Darkmoon 06/04/2011 19:35


un grand pas en avant de fait ! il y a des moments où il faut savoir faire confiance à la médecine (même si l'idée nous dérange parfois, elle est tout de même d'un grand secours)
courage à toute la petite tribu et petit message à Zadosicien : garde confiance, tu vas y arriver, un pas après l'autre !