la Chasse aux Sorcières

Publié le par nathasarah

S’il réprima dans le sang et les flammes l’hérésie cathare par exemple, le haut Moyen-âge fut relativement clément vis à vis de la sorcellerie.
Les premières chasses aux sorcières débutèrent vers le milieu du 15e siècle, à la fin du Moyen-âge, plus précisément la première vague de répression, menée par les tribunaux de l'Inquisition, de 1480 à 1520. Mais la répression la plus intense eut lieu entre 1580 et 1630, et elle fut menée par des tribunaux laïques. En effet, Charles Quint avait fait publier en 1532 la Constitutio Criminalis Carolina, qui donnait aux juges le droit "d'arrêter et de torturer ceux qui usaient d'enchantements, livres, amulettes, formules, etc." et de faire brûler tous ceux qui seraient trouvés coupables de telles pratiques. La France publia en 1539 l'Édit de Villers-Cotterêts qui reprenait les mêmes idées. Le crime de sorcellerie était devenu un crime de lèse-majesté divine, et les juges laïques pouvaient remplacer l'Inquisition.
Il y aura en tout environ 100 000 procès et 50 000 exécutions. Les victimes furent essentiellement des femmes, environ huit sorcières pour un sorcier, soit 80%.

Pour bien comprendre le phénomène, il faut tenir compte du contexte historique qui l'entoure.
Le 14e siècle : la guerre de Cent Ans (1337-1453) ébranla un équilibre fragile. Puis vint la Grande Peste (1348-1349). Dès les premiers mois, elle faucha entre un tiers et deux tiers de la population citadine, créant un traumatisme profond, qui bouleversa les consciences. Tout cela accentua la misère des paysans, qui se révoltèrent. Ce furent les Jacqueries, vite et violemment réprimées. Enfin, le Grand Schisme d'Occident (1378-1417) divisa en deux le monde chrétien pendant 40 ans.

Le 15e siècle vit la mort puis la réhabilitation de Jeanne d'Arc, la fin de la guerre de Cent Ans (1453), la fin de la féodalité, la naissance de l'imprimerie, la découverte de l'Amérique, mais aussi de nombreux conflits, desfamines, les premières guerres d'Italie, la prise de Constantinople par les Turcs (1453), de nombreuses épidémies qui frappèrent de plein fouet une population déjà affaiblie : peste, variole, typhus, malaria, coqueluche, syphilis.

Le 16e siècle fut également une époque de grande effervescence : c'est le début de la modernité, avec tout ce que cela comporte de bouleversements. Pour l’élite, la perpétuation des croyances païennes était un frein à la modernité : ces croyances maintenaient les masses populaires dans l'immobilisme moyenâgeux qu'ils tentaient de combattre. La période de 1450-1600 est également une période de crise économique et démographique. Ces tensions se manifestent par une augmentation considérable de la population, et une crise céréalière faisant augmenter le prix du pain. Enfin, l'histoire du climat nous révèle que l'époque connut une période de très fort refroidissement à partir de 1550, qui eut des effets désastreux sur les cultures, la chasse, et la subsistance en général. Ce dérèglement fut particulièrement marqué en certains points de l'Europe, ceux où l'on alluma le plus de bûchers.

L’évolution de la représentation du diable

Durant le haut Moyen-âge, le diable est multiple : des diablotins en tous genres, drôles ou facétieux, figures héritées du paganisme. Le diable est aussi un personnage dont on se moque, dans les contes ou les Mystères, que l'on escroque. Ce diable ne fait pas peur. L'enfer, le Démon, c’est une affaire de prêtres et le peuple ne sent pas concerné. Enfin, l'homme du Moyen-âge ne doute pas de son salut, puisqu'il suffit, pour être sauvé, d'être baptisé, et de recevoir l'absolution.

La représentation du diable a commencé, petit à petit, à se modifier à partir du 12e siècle. L'art roman introduit les premiers démons effrayants, monstres, griffons. L'enfer commence également à être représenté. La réelle transformation va s'effectuer vers le milieu du 14e siècle. A cette période, que ce soit dans les discours de clercs, dans les livres ou dans l'art, le souverain des enfers amorce une métamorphose radicale. Robert Muchembled décrit, par exemple, "les fresques de l'église de San Gimignano en Toscane, qui représentent un maître des enfers gigantesque, figure composite faite de morceaux animaux - dragons, serpents, boucs- avec deux bouches, dont l'une, placée sur le ventre, avale les pauvres humains."

Les représentations cauchemardesques de ce type se multiplient, relayées à partir du 15e siècle par les délires des démonologues. Non seulement le diable est devenu un souverain puissant, mais il est aussi en mesure de se cacher dans les entrailles de chacun - et surtout chez les femmes, qui portent en elle la trace du péché originel et n’ont pas d’âme (il faudra attendre 1908 pour qu’une bulle papale reconnaisse aux femmes le statut « d’être humain »…) . Parallèlement, la vision de l'enfer devient de plus en plus terrifiante. On y voit des hordes de démons affairés à torturer de façon extrêmement réaliste des damnés aux corps brisés, découpés, laminés.

Les prédicateurs eux aussi décrivent l'enfer, et insistent sur la difficulté d'y échapper. Néanmoins, une telle modification culturelle met du temps à se mettre en place et, pour le peuple, le diable reste encore jusqu'au milieu du 16e siècle environ, un personnage comique plutôt maladroit. Il faudra nombre de traités de démonologie, énormément diffusés par l'imprimerie, nombre de prêches, nombre de livres, et nombre d'oeuvres d'art, pour que s'impose LE Diable, Satan, Lucifer, terrifiant, Mal absolu aux pouvoirs démultipliés, dont les complices sont les sorcières.

L’image de la femme

Depuis l’Antiquité, la condition féminine ne fut pas très reluisante dans l’ensemble du bassin méditerranéen, que ce soit dans le monde gréco-latin, juif ou chrétien. Le Moyen-âge est, quant à lui, un monde d’hommes, où la condition féminine n’est certes pas égalitaire. Ainsi, la vision de la femme qu’ont diffusée les clercs est connue pour son extrême misogynie : pour ces forcenés du célibat, la femme, descendante d’ Ève, est non seulement inférieure à l’homme, mais aussi sotte, lascive, traîtresse, dangereuse, répugnante.
Le 14e siècle va voir une relative émancipation féminine, au niveau économique mais aussi dans le domaine intellectuel, spirituel et artistique. Cette modeste embellie sera de courte durée.
Tout d'abord, les femmes perdent les quelques droits que le Moyen-âge leur avait acquis ou conservés. La politique royale va viser à les mettre sous complète tutelle du père, puis du mari. Elles perdent tout droit juridique, ne peuvent plus être maîtresses de leurs biens, et ne sont plus autorisées à signer de contrats.
Parallèlement, dans le Nord et l'Est de l'Europe, des représentations de la femme de plus en plus négatives, monstrueuses vont apparaître. Ainsi, aux Pays-Bas et dans le Saint-Empire on peint de plus en plus de femmes à la laideur repoussante, aux corps difformes, à la vieillesse dépeinte comme une déchéance, préfigurant la mort et la pourriture, alors que la représentation de la vieillesse chez l'homme reste le plus souvent associée à la sagesse. Et lorsqu’on représente une fille jeune et belle, c’est pour souligner sa lubricité et sa frivolité, qui la rendent vulnérable au démon. On dépeint de plus en plus la femme comme menteuse, dépensière, coquette, frivole. On l'identifie de plus en plus au thème du pêché.

Madeleine Lazard, dans "Les avenues de Feminye", tente d'expliquer de phénomène : "Il n'est pas surprenant que la littérature et les arts aient reflété le dégoût et la peur, face au vieillissement et à la déchéance (…) Selon de récentes études historiques, on pourrait y voir la manifestation d'une mutation démographique : alors que, de l'antiquité jusqu'au 16e siècle, les femmes mouraient plus jeunes que les hommes et que les vieillards mâles étaient de loin les plus nombreux, c'est l'inverse qui se produit au 16e siècle, au moins dans les milieux aristocratiques, où les conditions d"hygiène lors des accouchements s'améliorent. La relative prolifération des vieilles femmes dans la noblesse est une des nouveautés du 16e siècle."
Dans ce contexte d'anti-féminisme généralisé, les prêcheurs n'auront aucun mal à reprendre leurs vieux thèmes misogynes, en accentuant l'idée que la femme est non seulement pécheresse mais diabolique.

Les prêcheurs

A ce monde en pleine mutation, la société réagit par une peur profonde : peur de la maladie, de la mort, du Diable, de Dieu, dont certains commencent à penser que la colère est manifeste, de l'autre, de soi-même. Cette peur et ce pessimisme, apparus à la fin du moyen-âge, culmineront à la fin du 16e siècle. Parallèlement, la vision de l'enfer devient de plus en plus terrifiante, et le salut de moins en moins évident. D'autre part, dès la fin du 15e, une folie de pureté est apparue. Les prédicateurs insistent sur le fait que le mal est partout, et en particulier chez les femmes, et prêchent la plus extrême sévérité. Ils accusent l'homme de se vautrer dans le péché, prêchent la vertu la plus sévère, condamnent avec violence les plaisirs de la chair, appellent au repentir le plus complet, seul espoir d'échapper à l'enfer. Ils appellent à la purification, le cas échéant par les flammes, avant l'Apocalypse, imminente selon eux.
Durant la première moitié du 16e, l'optimisme des humanistes de la Grande Renaissance réussit à couvrir la voix de ces prophètes de mauvais augure. Mais dès la seconde partie du siècle, l'art, la littérature, la pensée en général s'orientèrent vers une vision désespérée de l'existence, et se caractérisèrent par un goût pour le bizarre, le macabre, le morbide, l'horreur sous toutes ses formes, et l'expression de la souffrance. Mais ces récits étaient aussi encadrés par une morale édifiante, insistant sur le danger à transgresser les interdits, et notamment les interdits sexuels. Il s'agissait en effet de mettre en place une morale bien plus stricte que celle du Moyen-âge. Cette nouvelle vision de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas, mettra deux siècles à s'installer.

L'évolution de l'image de la sorcière

Sorcellerie, sorcières et sorciers existent depuis l'Antiquité, et sans doute depuis l'aube de l'humanité. Durant le Moyen-âge, rebouteux, devins, herboristes, sorciers et sorcières faisaient partie intégrante du village. D'ailleurs, les gens de l'époque ne voyaient aucune contradiction entre ce type de croyances et le christianisme. De plus, ce sont les femmes qui transmettaient les croyances païennes et les superstitions, qui transmettaient la culture populaire en enseignant les rudiments de l'écriture à leurs enfants. Par ses conseils et son savoir, la sorcière rassurait la population et occupait une place importante dans la société, ce qui avait pour effet de réduire l'influence des prêtres sur leurs ouailles. Par son rôle de sage femme, elle remplaçait les médecins coûteux et rares à la campagne.
Ce vieil équilibre va se briser au 16e siècle. Alors, la sorcière rurale cessera d'être simplement celle que l'on va voir pour guérir une fièvre persistante, pour protéger les bêtes des loups, pour avoir un enfant ou ne pas en avoir, pour remettre une épaule déboîtée ou trouver remède à un chagrin d'amour. A la fin du Moyen-âge, l'Église, les démonologues, les élites sociales en général vont créer un mythe nouveau, celui de la sorcière démoniaque.
Cette nouvelle vision de la sorcellerie a commencé à apparaître au 14e siècle, et trouve racine dans les luttes contre les hérésies de l'époque. En 1326, le pape Jean XXII promulgua une bulle, appelée " Super Illius Spécula", qui assimilait pour la première fois sorcellerie à hérésie. Dès 1430, paraissaient les premiers traités de démonologie, selon lesquels sorciers et sorcières faisaient partie d'une secte diabolique. En 1484, le pape Innocent VIII publia une bulle célèbre, connue sous le nom de "Summis desirantes affectibus" : "…maintes personnes de l'un et l'autre sexe, oublieuses de leur propre salut, et déviant de la foi catholique, se sont livrées elles-mêmes aux démons incubes et succubes : par des incantations, des charmes, des conjurations, d'autres infamies superstitieuses et des excès magiques, elles font dépérir, s'étouffer et s'éteindre la progéniture des femmes, les petits des animaux, les moissons de la terre, les raisins des vignes et les fruits des arbres..." Le pape étend également le pouvoir de deux inquisiteurs, Institoris et Spenger. Ces deux hommes rédigèrent un nouveau manuel de démonologie, le fameux " Marteau des Sorcières". Cet ouvrage, manuel pratique à l'usage des chasseurs de sorcière, redéfinit la sorcellerie comme un crime si grand que le châtiment se doit d'être aussi exemplaire que sans pitié.

Les manuels de démonologie eurent une importance décisive dans la chasse aux sorcières : véritables délires, mais aussi textes de propagande redoutablement efficaces, ils créèrent le mythe du sabbat, fixèrent le portrait robot de la sorcière, et cristallisèrent toutes les peurs de l'époque en une véritable psychose. Dans ces manuels, démons et sorciers infestaient le monde, avaient d'immenses pouvoirs et commettaient d'immenses crimes, organisés en un complot contre Dieu et la religion. La sexualité était leur arme favorite, et la femme leur complice prédestinée par sa nature même. En effet, selon eux, la femme est un être imparfait par essence : "Il y a comme un défaut dans la formation de la première femme, puisqu’elle a été faite d’une côte courbe, c’est à dire d’une côte de la poitrine, tordue et comme opposée à l’homme. Il en découle aussi de ce défaut que, comme un vivant imparfait, elle déçoit toujours". De plus, "toutes ces choses (de sorcellerie) proviennent de la passion charnelle, qui est (en ces femmes ) insatiable".

Réforme, Contre-réforme et chasse aux Sorcières

La Réforme, la Contre-réforme et l'ensemble des troubles religieux qui déchirèrent le 16e siècle jouèrent évidemment leur rôle dans la chasse aux sorcières. Lorsqu'en 1517 Luther lança sa Réforme à l'assaut du monde Chrétien, il ne se préoccupait guère des sorcières. Il avait d'autres ennemis, les catholiques, les Juifs, les Turcs, les Anabaptistes et surtout Satan. Plus problématique, Luther prônait un retour rigoriste à la Bible, seule référence admise. Or, on trouve dans l'Ancien Testament des phrases qui autorisent le meurtre des incroyants. On y trouve en particulier ce passage de l'Exode: "Tu ne laisseras pas vivre la magicienne." Sans les commentaires, les exégèses, les interprétations qui atténuent le caractère archaïque et fondamentaliste du Livre, la violence trouve facilement sa justification.
Les catholiques réagirent en rivalisant d'intolérance, de sévérité, et de cruauté. La Contre-réforme durcit le dogme catholique, elle réaffirma tous les points de doctrine contestés par les protestants, et voua aux flammes éternelles tous ceux qui n'y souscrivaient pas. Elle réaffirma la "magie" traditionnelle de l'Église, les miracles, le caractère sacré des reliques, la présence réelle du Christ dans l'hostie et le vin de messe, mais condamna toute magie non catholique sans la moindre merci.
Protestants et catholiques avaient cependant de nombreux points communs. Tout d'abord l'austérité, la haine de tout ce qui relevait de près ou de loin de la distraction, du plaisir, de l'imaginaire. Le corps était haïssable, ainsi que tout ce qui relevait de la nature. La répression de la sexualité s'accentua. Enfin, protestants et catholiques étaient d'accord sur un point : la femme était dangereuse, elle devait être surveillée, confinée à la maison, sous le pouvoir de l'homme. On surveilla la mode, on condamna les décolletés. Il s'agissait de couvrir ces nudités, et non seulement les seins, mais aussi les chevilles, les bras, les cheveux. La tenue de la femme devait être "modeste".
La Contre-réforme répandit la peur, visant un contrôle de plus en plus strict du peuple et l'éradication de toute trace de paganisme et autres diableries. Certes, il y eut des résistances, mais le courant majoritaire, à partir de la seconde moitié du 16e, était nettement à l'intégrisme et à la haine.
Le peuple, quant à lui, se débattait avec ses propres problèmes : mutations sociales et économiques, insécurité croissante, épidémies, épizooties, terrible dégradation du temps à partir de 1550, mort omniprésente. Ainsi, la sorcière se retrouva-t-elle prise en tenaille entre les terreurs religieuses des élites, qui voyait en elle une adoratrice du démon, et la violence populaire, qui l'accusait de tous les maux.

Le mythe du sabbat démoniaque

Ce mythe mit longtemps à se répandre, et ne connut sa forme définitive qu'à la fin du 16e siècle. Parmi les variantes, on peut retenir l'heure et la date du sabbat, qui semble en fait se produire n'importe quel jour selon la région, et parfois même en plein midi. On confesse s'y rendre à pied, à cheval, juché sur une fourche, un bâton ou sur un balai, bien sûr. On dit également chevaucher des animaux, pour se rendre au sabbat: cochons, boeufs, ânes. Ou encore se transformer en animal. Enfin, parfois, c'est le Diable qui les emporte.

Une fois chacun arrivé, après un hommage érotico/scatologique au maître de céans (un baiser sur ses parties honteuses), peut se dérouler la messe noire. Cette dernière n'est rien d'autre qu'une messe catholique inversée : tout ce qui est blanc ou de couleur claire devient noir (les cierges, les tenues des officiants) , au moment de la communion, on mange et on boit des choses de couleur sombre, on utilise des mots de latin prononcés à l'envers. Quant à l'eau bénite, elle est remplacée par l'urine du diable. Enfin, arrive le temps des réjouissances : tout d'abord, la danse, accompagnée par un orchestre ou bien par de modestes tambourins, danse lascive, lubrique, endiablée. Puis, vient le fameux banquet. On y sert des mets peu ragoûtants, charognes en décomposition, bave de crapaud ou anguilles. Parmi ces mets, il en est un qui résume toutes les terreurs attachées au sabbat : la chair humaine, et en particulier celle d'enfants et de bébés.
A la fin du sabbat, vient une "confession à l'envers", où l'on est puni si l'on n'a pas assez commis de péchés, et qui se solde par un baiser sur le postérieur du diable. Enfin, vient l'orgie générale. Cette orgie est encore le lieu de l'inversion, et de la transgression de tous les tabous de l'époque : on s'y livre avec frénésie à l'inceste, à la sodomie, à l'homosexualité, et ce dans toutes les positions interdites par la morale. Pour finir, les sorcières s'accouplent avec le Diable en personne. De ces amours sans plaisir naissent parfois des enfants morts-nés, que l'on servira au prochain sabbat.

L' aspect sexuel omniprésent dans le sabbat est à mettre en relation avec l'ensemble de la société de l'époque, qui cherchait de plus en plus à diaboliser le corps. Enfin, on peut ajouter que les accusations d'orgie ne sont pas une première dans l'histoire de l'humanité, de même que les accusations de cannibalisme. Ainsi, les romains accusèrent-ils les premiers chrétiens de se livrer à la luxure, de manger de la chair humaine et d'assassiner des enfants. Plus tard, les chrétiens à leur tour en accusèrent les juifs et les hérétiques. D'ailleurs, le nom même de "sabbat", venant de "shabbat", rappelle le lien entre persécution des juifs et persécution des sorcières.

Le déroulement des procès

Tout commence par la rumeur et la mauvaise réputation : unetelle a été vue la nuit loin du village, unetelle est mauvaise, unetelle ramasse des herbes. Les langues vont bon train, les imaginations aussi. Puis, vient l'élément déclencheur : une mort inexpliquée de trop, la grêle qui détruit la récolte, un orage violent, un animal naissant anormal, à une époque ou toute malformation est considérée comme châtiment divin ou malignité du Diable. On se tourne alors vers celle sur qui la rumeur court.
Tout, dans les procès de sorcellerie, condamne d'avance l'accusée. Une fois arrêtée, la supposée sorcière est conduite en prison. On lui rase tout le corps, on l'habille d'une chemise baptisée à l'eau bénite. Au début, il n'y a pas de violence, mais la détention affaiblit la prévenue : ses rations d'eau sont rares, la nourriture encore plus. L'accusée est isolée dans son cachot, ignorant de quoi on l'accuse précisément. Dans l'immense majorité des cas, elle n'a pas d'avocat. D'origine rurale, la plupart des accusés ne savent pas qu'ils auraient droit à un conseil, et de toute façon, les autorités découragent fortement tout candidat à la défense des sorcières.
Les procès se déroulaient généralement de la façon suivante : le témoin confirme qu'il connaît bien l'accusé et que ce dernier à une réputation de sorcier. Ensuite, il énumère les dommages que ce dernier a causés : pertes d'animaux, mauvaises récoltes, ou même d'avoir emmené la maladie ou d'avoir causé la mort à un membre de la communauté.
On constate également que de jeunes enfants sont souvent amenés à témoigner dans ces procès, et ce pour une bonne raison : les enfants qui ont été à l'école sont habitués au discours des prêtres et n'ont pas peur de parler le même langage qu'eux.
A partir de la fin du 15e siècle, début du 16e, apparaît le phénomène des enfants "découvreurs de sorcières". Au début de la chasse aux sorcières, les enfants étaient parfois entendus comme témoins. Puis, un cap fut franchi lorsque des enfants commencèrent à dénoncer les participants aux sabbats. Enfin, on vit apparaître des enfants qui se targuaient de pouvoir découvrir des sorcières du premier coup d'oeil. Des dizaines d'enfants sans ressources se découvrirent des pouvoirs de voyance, et proposèrent leurs services moyennant rétribution.

Après les témoignages, on passe à l'interrogatoire. Au début, le juge fait preuve d'une relative douceur, pour mettre l'accusé en confiance. Cependant, les questions dont on le presse sont autant de pièges destinés à le perdre. Les juges peuvent également utiliser des mots à double sens laissant imaginer un possible clémence si le prévenu cède. Toujours, les questions sont telles que, quoi que l'on réponde, l'on se perd. Après l'interrogatoire, on s'occupe de chercher des preuves.
Selon l'endroit, l'époque, les méthodes varient quelque peu. A la campagne, on s'en tient souvent aux méthodes traditionnelles, qui ont fait leur preuves et ne coûtent pas cher. Ce sera par exemple la méthode de la nage, où on ligotait les mains et les pieds de l'accusée, puis on jetait son corps dans l'eau. Si elle coulait et se noyait, elle était innocente ; si elle flottait, elle était l'enfant du démon.

Le pesage consistait à peser la sorcière en utilisant comme poids la Bible ou d'autres objets. Si elle était plus lourde ou plus légère, elle était déclarée coupable. L'estrapade consistait à nouer les bras de la victime derrière son dos, suspendre des poids à ses pieds, puis la hisser brutalement en l'air plusieurs fois de suite, jusqu'à ce qu'elle avoue ou meure, les bras désarticulés.

En ville, on pratique assez peu ces méthodes. On souhaite se montrer moderne, scientifique, et on préfère chercher une marque, la marque diabolique. Cette marque peut être n'importe quelle particularité physique, une tache de naissance, une verrue, une cicatrice. Pour la trouver, on dénude la sorcière, on la rase complètement, et l'on convie des professionnels, médecins, chirurgiens, barbiers ou bourreaux à venir l'examiner sous toutes ses coutures. Par le piquage, les chasseurs de sorcières recherchaient sur le corps de l'accusée la marque du Diable réputée insensible à la douleur. Cette pratique consistait à soumettre les accusés à des piqueurs chargés de trouver des zones insensibles sur le corps, en le piquant sur chaque centimètre carré de leur peau. Certains inquisiteurs désireux de trouver des victimes à tous prix, allaient jusqu'à se servir d'aiguillons rétractables : quand on pressait sur la poitrine, la lame glissait dans le manche et l'absence de réaction de la sorcière devenait la preuve de sa culpabilité.

L'exécution

Dénoncés, sans aucun moyen de défense face à leurs juges, torturés, la majorité des accusés furent condamnés. Seuls 5 à 10% d'entre eux furent relâchés.
L'exécution est un spectacle, que l'on annonce en racontant le procès, en faisant la liste des supposés crimes de l'accusé. La foule, non contente d'y assister, y participe : on crie, on hurle, on insulte le condamné, on se réjouit de ses souffrances. C'est la mise à mort du bouc émissaire. La cérémonie a lieu au centre ville, sur la place du village. Contrairement à ce que l'on croit généralement, la majorité des sorcières ne périrent pas par le feu. Beaucoup furent pendues, d'autres étranglées avant que leur corps ne soit livré aux flammes. Si l'on ne brûlait pas les condamnés, ce n'était pas pour des raisons humanitaires, mais parce que ce n'était pas pratique. Brûler un corps est difficile, long, il faut beaucoup de bois. Or, ce sont les bourreaux qui doivent fournir le bois. Mais il faut aussi que le public soit content, que le supplice soit bien visible, que le supplicié souffre suffisamment. On va alors essayer d'inventer des moyens de mise à mort respectant les désirs du public et le porte-monnaie des bourreaux.
L'Espagne invente de placer les condamnés dans des moules de plâtre, et de les glisser vivants dans un four. Le degré de souffrance obtenu est satisfaisant, mais le public ne voit rien et il est déçu. La Suisse et les Flandres inventent le système des claies, ou des grandes échelles. On y attache les sorcières, et on les approche du brasier, terrorisées, lorsque celui-ci a bien pris. Ou alors, on étripe, on crucifie, on émascule, on enterre vif, on décapite. Puis, on brûle les restes, car il faut que tout disparaisse, la purification doit être totale. Les cendres des sorcières sont dispersées aux quatre vents.

La fin des persécutions

De 1580 à 1630 environ, la chasse aux sorcières atteignit son paroxysme. Chaque séance de torture provoquait des dizaines de dénonciations, qui provoquaient autant d'arrestations. Ainsi, on en arriva parfois à ne plus avoir assez de juges pour juger les affaires de sorcellerie. Paris, dès 1625, cessa de confirmer les peines de mort décrétées par les juges de province, prenant ses distances avec ces affaires de plus en plus ennuyeuses. En 1657, le pape fit paraître la bulle "Proformandis", qui mettait en garde contre les erreurs et abus dans les procès de sorcellerie.
Un besoin très fort de renouveau se fait sentir. Et puis, les mentalités ont changé, l'époque est plus clémente, la vie plus douce. De plus en plus, un discours médical se fait jour par rapport à la sorcellerie. On pense en termes d'hallucinations, d'esprit dérangé. Enfin, en Juillet 1682, Louis XIV mit fin aux poursuites, par un édit qui fit disparaître le crime de sorcellerie, définitivement considérée comme une illusion ou une imposture. On ne pourra plus engager de poursuites que pour escroquerie, sacrilège, ou empoisonnement.

sources :
http://membres.lycos.fr/chassesorcieres/
http://www.idee-k.com/historiart/sorciere.htm
http://www.sheluna.com/histoire_chasse_tortures.php

Publié dans Les Sorcières

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Noko-Plume 16/01/2010 10:02


Voici un article fort bien intéressant. Merci pour toutes ces recherches.