Les Extraits

Publié le par nathasarah

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ISBN : 2-915681-23-6
EAN13 : 9 782915 681239


Premier extrait

Dans la brume argentée de ce premier matin de mai, Sarah s’éveillait doucement, un sourire sur les lèvres, offrande à cette nouvelle aube, écoutant et vibrant de tout son être, attentive au moindre bruit, à la moindre note, à la moindre manifestation de chaque habitant de la Forêt.
«Notre Mère Nature nous a bénis, la rosée sera abondante. Merci à toi, Vénérée Gaea.»

Les jours précédents, une pluie fine et continue avait apporté ses bienfaits aux végétaux, gorgés de sève et prêts à laisser éclater leurs luxuriants bourgeons à la moindre caresse des rayons du soleil.

Non loin d’elle “son” loup. Elle se redressa très lentement en veillant bien à ne faire aucun geste brusque. L’animal la regardait, tranquillement assis sur son arrière-train, la couvant de son regard jaune protecteur.
Comme chaque matin depuis leur rencontre qui s’était déroulée quelques semaines auparavant, Sarah tendit la main vers lui, paume levée vers le ciel, et s’adressa à lui d’une voix chaude et douce :
«Bonjour à toi, mon Ami, voudras-tu aujourd’hui m’accorder ta confiance et ta protection ?»
Dans un premier temps, le loup se contenta de pencher la tête sur le coté, les oreilles dressées.
«Viens à moi, n’aie pas peur… »
Emettant de faibles sons, le loup se leva, humant l’air, le museau tendu en direction de la jeune femme, cherchant son odeur parmi les parfums de la Forêt.
«O Cernunnos, dieu ancien de mes aïeux, laisse-moi une possibilité d’être son amie, je fais la promesse de veiller sur lui autant qu’il l’a fait pour moi… sinon comment pourrais-je m’acquitter de la dette que j’ai envers lui qui m’a déjà sauvé la vie et qui a mis en fuite mes ennemis alors que je croyais être perdue… »

Bouleversée par l’émotion que lui causait l’évocation de ces funestes souvenirs, des larmes roulaient sur ses joues sans qu’elle ne fasse rien pour les arrêter.
Lentement, le loup avançait pas à pas, la queue basse, tout en continuant à humer les parfums provenant de la jeune femme. Prudemment, il lécha tout d’abord les pieds de Sarah. Elle sentait à présent l’odeur forte que dégageait le poil brun roux de l’animal humide de rosée matinale. Son cœur battait la chamade, son sang martelait ses tempes tandis qu’elle ressentait toute la magie de ce qui était en train de s’accomplir.
Contrôlant à grand peine ses émotions, elle abaissa sa main vers le museau du loup, qui, après un bref moment d’hésitation, se mit à lui mordiller les doigts, comme il l’aurait fait s’agissant d’un jeune de sa horde, tout en continuant à avancer. Il semblait lui aussi fasciné par cet être humain qu’il avait suivi sans vraiment comprendre pourquoi, se laissant guider par son instinct qui lui soufflait qu’il n’avait rien à craindre de cette créature.
La main tendue l’avait tout d’abord intrigué avant qu’il ne s’habitue à voir Sarah accomplir le même rituel chaque jour sans que cela n’éveille en lui ni crainte ni envie de se rapprocher d’elle d’ailleurs. Il se contentait de veiller, restant à distance préférant encore garder ses marques.
Etait-ce la prière adressée à l’ancien dieu celte Cernunnos par la jeune femme qui avait été entendue ?
Ni l’un ni l’autre des protagonistes de cet instant ne le sauraient jamais mais la magie semblait être toute puissante en ce jour béni de Beltane.
Lorsque le loup se mit à lécher les larmes de son visage, Sarah ne put s’empêcher de rire de joie, tandis que l’animal commençait à remuer la queue pour exprimer lui aussi son contentement.

«Grand merci à toi Cernunnos, j’honorerai ma promesse, je t’en fais le serment.», elle caressait à présent le poil soyeux du grand loup entre les deux oreilles, «Je t’appellerai Cabell, du nom du chien de notre légendaire roi Arthur, la vaillance et la bravoure dont tu as fait preuve pour me défendre alors que tu ne me connaissais pas t’en donne tout à fait le droit. Si tu n’es pas de taille gigantesque comme le premier à avoir porté ce nom, la grandeur de ton âme me semble la remplacer avantageusement ! »
A sa grande surprise, Cabell, puisque ainsi baptisé par Sarah, émit un joyeux glapissement, non pas un aboiement mais un son bien particulier, propre à la race des loups.

Fatiguée par tant d’émotions, Sarah se laissa aller à un moment de faiblesse. Adossée contre le chêne qui avait veillé sur elle durant la nuit, auquel elle avait confié ses espoirs avant de sombrer dans un profond sommeil, elle s’appliqua à ressentir contre son dos, à travers la trop fine étoffe de sa blouse qui ne la protégeait plus du froid depuis longtemps, l’écorce de l’arbre sacré afin de bénéficier de sa puissance, de puiser un peu de réconfort auprès de ce géant de la Forêt. Son esprit se mit à vagabonder.

Quelques mois, quelques années plus tôt…


Deuxième extrait

De son côté, Sarah avait rejoint Dame Catherine. Cette dernière portait une longue robe de lin, teintée de bleu en hommage à la déesse lunaire Séléné qu’elle souhaitait honorer. Alors que le soleil se levait, la lune n’était pas encore couchée derrière la ligne d’horizon et la prêtresse souhaitait mettre à profit cet instant pour invoquer les deux représentants divins simultanément, de manière à leur présenter sa nouvelle «apprentie» et à solliciter leurs bienveillances. Elle était occupée à mettre en place différents objets dont elle aurait besoin ultérieurement. La jeune fille qui l’observait en silence connaissait des ustensiles similaires qu’elle utilisait dans ses tâches quotidiennes mais elle allait découvrir les particularités de ceux qu’elle avait devant les yeux. Dame Catherine lui enseigna les noms, les usages.

Tout au long des jours qui suivirent, Sarah fut instruite et initiée à des rites qui changeraient son existence à tout jamais :
« Voyez-vous Sarah, notre rencontre n’est pas fortuite. Il semble que les divinités qui dirigent notre monde et les autres aient pour nous, pour vous des intentions bien définies.
- Mais comment savoir si nos actions sont conformes aux desseins divins ? ; La jeune fille baissa la tête, fuyant le regard de la vieille dame ; je ne parviens pas à comprendre les raisons pour lesquelles nous devons tant souffrir. Je n’accepte pas le fait qu’un dieu quel qu’il soit puisse nous infliger de telles tortures sans que nous n’ayons commis aucune faute, aucun mal …
- Je serais tout à fait d’accord avec vous, si je ne détenais pas les connaissances que je souhaite vous transmettre. A condition toutefois que vous le souhaitiez… Approcher la Vie avec un cœur confiant et l’aspiration à la Connaissance vous apportera une lumière qui sera au-delà de tout ce que vous avez connu jusqu’alors. Les chemins de la Sagesse ancestrale sont accessibles à ceux qui désirent les découvrir.
- Mais comment trouver ces chemins ?
- Le chemin de la Connaissance ancestrale est celui de la Sincérité, de l’Authenticité qui nous mènent vers les mystères dissimulés en nous-mêmes et autour de nous, dans chaque être que la Création a mis sur Terre, qu’il soit animal, végétal ou minéral. Il vous faudra être patiente et humble, accepter certains sacrifices, croire ce que vos yeux vous montreront tout en étant capable de discerner les illusions. Vous devrez parvenir à vous mouvoir entre les mondes, sans avoir peur de l’obscurité ou de la mort en acceptant le fait que celles-ci ne sont que le revers de la Lumière et de la Vie. Au cours de votre existence, vous apprendrez inlassablement à travailler en communion avec les forces naturelles.
- La tâche me semble terriblement ardue et le chemin particulièrement long ! Une vie entière n’y suffirait pas…
- Ne soyez pas si inquiète ! Nul ne vous demandera de réaliser ce que plusieurs générations de personnes comme nous ont fait en une seule vie ! Le temps est une notion très aléatoire. Ne vous est-il jamais arrivé de rêver une vie entière, en une nuit, et de ne garder le souvenir que des évènements essentiels ?
- Oui, bien sûr.
- Ainsi les rêves sont des clefs qui nous aident à éclairer des zones obscures dont nous n’avons pas conscience en état d’éveil. Il suffit parfois de bien préparer son sommeil, de se mettre en condition pour avoir les réponses que l’on cherche. Certaines plantes peuvent nous aider à accéder à cet état particulier, comme d’autres peuvent nous soigner. D’autres effets peuvent nous être accessibles par le biais de certaines pierres, quelques-unes rares, d’autres plus communes mais qui ne communiquent qu’avec peu de personnes.
- Tout cela me semble tellement incroyable, tellement irréel.
- Vous constaterez dans quelques semaines que vos craintes ne sont pas fondées. Vous devez apprendre tout d’abord à faire connaissance avec vous-même ; Dame Catherine lui caressait les cheveux en défaisant ses nattes ; Vous avez tant de trésors en vous, tant de pouvoirs que vous ignorez.
- Vous me l’avez déjà laissé entendre à plusieurs reprises mais je ne vois rien en moi de si extraordinaire. Je suis une fille tout ce qu’il y a de plus ordinaire qui a eu la chance de recevoir un enseignement relatif aux vertus médicinales des plantes, d’ailleurs je manque de pratique. »

Dame Catherine s’assit sur une grosse pierre et glissa doucement ses pieds dans l’eau froide de la rivière, où elles se retrouvaient régulièrement.
« Soit. Peut-être pourrez-vous alors me citer le nom de plusieurs personnes qui savent parler aux arbres, qui parviennent à se faire comprendre des animaux sauvages ou qui savent à l’avance les évènements qui vont se dérouler dans les jours suivants par des rêves particulièrement réalistes ? Pouvez-vous également m’expliquer les raisons pour lesquelles vous passez la plus grande partie de vos nuits à regarder les cieux lorsque la lune et en progression, et ce jusqu’à ce que celle-ci atteigne sa plénitude ? »
Sarah était stupéfaite. Elle avait pourtant veillé à ce que personne ne la surprenne lors de ses escapades nocturnes. Dame Catherine l’aurait-elle surveillée ? Peut-être aurait-elle dû s’inquiéter du fait que ses cachotteries soient découvertes mais elle ressentait plutôt un soulagement, le sentiment d’avoir à présent une complice, une consœur. Elle avait maintenant la certitude irrévocable que Dame Catherine pouvait tout entendre, qu’elle pouvait lui confier toutes ses réflexions sans pour autant être jugée. Elle avait toujours eu conscience du fait qu’elle ne pouvait confier ses pensées les plus profondes sans encourir le risque d’être considérée comme une personne à l’esprit dérangé, ou pire encore comme une créature en proie à quelques démons. Ses parents avaient toujours eu à son égard des sourires bienveillants lorsqu’elle était enfant, alors qu’elle leur racontait ses petites expériences hors du commun mais, en grandissant, elle avait perçu de la réprobation dans leurs regards, de l’agacement dans leurs paroles. Elle avait dès lors gardé pour elle ses pensées, ses petits moments de communion intense avec la nature qu’elle vivait parfois, à l’abri des regards.
Les paroles, les questions de Dame Catherine lui apportaient une lumière toute nouvelle sur ses interrogations.

Sarah et Dame Catherine restèrent de longs instants silencieuses, se tenant par la main. Leurs regards exprimaient ce qu’elles ne disaient pas. Les mots étaient inutiles. L’air tout entier vibrait de toute la force, de toute la puissance de leurs émotions. Alors qu’une douce brise les caressait, Sarah ouvrit ses yeux qu’elle tenait clos depuis quelques minutes. Elle se sentait soudain transportée. Plus rien n’existait autour d’elle si ce n’est la rivière dont le doux murmure lui chantait une mélodie à laquelle elle ne pouvait, ne voulait résister. Dans un état second, elle pénétra puis s’agenouilla dans l’eau, glacée pour d’autres, chaude et bienfaisante pour elle. Une nuée de poissons, truites et goujons, apparut tout à coup autour de la jeune fille. Lentement, alors qu’elle laissait l’eau glisser sur ses mains, sur ses jambes dénudées par le courant, ceux-ci vinrent nager tout contre elle, la caressant de leurs nageoires. Délicatement, les enfants de l’onde la couvraient de baisers.
Impressionnée, Dame Catherine vint rejoindre la jeune fille puis murmura :
« Par toutes les déesses, Sarah, vous êtes bénie… »
La prêtresse puisa l’eau de la rivière dans le creux de ses mains unies en coupe pour la verser sur la chevelure de la jeune fille :
« Les fils et les filles de l’Eau vous ont accueillie parmi eux. De par leurs baisers, ils vous ont fait don de leurs connaissances, de leurs pouvoirs, de leur amour aussi. »
Elle invita Sarah à sortir de l’eau puis à s’asseoir dans l’herbe.
« Ils vous ont reconnue comme une enfant des Sources. »
Sarah leva son visage vers le ciel et prit une profonde inspiration :
« Dame, j’ai ressenti cet amour dont ils m’ont fait don. Je souhaite à présent consacrer ma vie à honorer les déesses qui les ont guidés vers moi. Jamais en seize années de prières je n’avais reçu autant de lumière et de chaleur…
- Ma petite Sarah, vous révérerez les divinités de bien meilleure façon en mettant vos connaissances et vos dons au service des autres, ce avec sensibilité et compassion. Je dois cependant vous mettre en garde contre les médisances et la vilenie de certaines personnes qui, non contentes de ne rien connaître de ce que vous êtes au fond de vous, chercheront à vous nuire par jalousie et par crainte ; elle prit le visage de Sarah entre ses mains, lui baisa le front ; Nous allons en rester là pour aujourd’hui, l’après-midi est déjà bien avancé et je souhaiterais que vous réfléchissiez à propos de ce qui vous est arrivé ces dernières heures ainsi qu’à ce que nous avons évoqué ces jours-ci. »

Publié dans Sarah - le Livre

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